Et ceci a lieu sans que la société civile ne perçoive la menace que représente pour la production de connaissance et la créativité, la mainmise sur le domaine public de la connaissance par les empires multinationaux privés [1]. A l’heure actuelle, dans les conglomérats urbains périphériques, les nouvelles technologies servent – au travers de centres de « piratage » comme les Galeries Wilson à Lima (Pérou) ou la Place Rivadavia en Argentine – de véhicule libérateur de produits culturels formant des identités qui capitalisent stratégiquement les flux d’information pour accéder et produire la connaissance, étant donné que le coût d’une copie « légale » d’une encyclopédie en DVD, ou un programme scientifique excède la capacité de dépense de nos économies. Le phénomène appelé piraterie adapte et convertit les transferts de technologies dans les économies périphériques – face à l’impossibilité de la produire – en moyen pour la reproduction / distribution locale de culture, en plus de capitaliser la connaissance en économie informelle de subsistance. Les petits monopoles de la connaissance protégés par l’Etat, appelés industries culturelles ont été la base d’un prétendu (et quasi atteint dans certaines parties du monde) système démocratique égalitaire dans l’Ere Industrielle (1789-1945), puisqu’ils avaient comme intention originelle la promotion de l’éducation, les arts et les sciences en harmonie et équilibre avec des mécanismes de stimulation pour les créateurs originels, grâce à l’achat du permis de copie par le public. Actuellement, la situation est très différente de celle de l’époque, puisque dans l’Ere digitale actuelle (1945-) l’accélération de la production, circulation et consommation des processus culturels s’est polarisée, transférant l’initiative et le contrôle économique de la culture “officielle” à d’anonymes et puissantes corporations privées , convertissant alors les créateurs originels en une nouvelle armée humaine détentrice d’une matière première inépuisable au service des transnationales culturelles qui dirigent les monopoles de la connaissance. L’actuelle accumulation et privatisation de la connaissance restreint donc l’innovation et la productivité des plus pauvres, nous condamnant à céder nos droits d’accès à l’éducation, de croire et de savoir, nous limitant à des consommations purement esthétiques par imitation et transfert de technologie, puisque les grandes transnationales de la culture créent les conditions pour que nous circulions entre diverses échelons de la reproduction et la consommation culturelle dû aux carences économiques des consommateurs potentiels. Selon ce panorama, le développement des technologies de l’information et de la communication reformule la conception originelle des industries culturelles actuelles, provoquant par là qu’au niveau de certains secteurs de la société les produits résultants s’ « hybrident » positivement, faisant que les habitants de la périphérie culturelle participent aux créations réalisées dans d’autres partie du monde. Le phénomène de la Piraterie, informalité, économie de subsistance et soumission culturelle ou légalisation au sein d’une nouvelle législation pour la culture libre? La piraterie, dans un contexte comme le nôtre, est une arme à double tranchant puisqu’elle permet de libérer l’information positivement de forme horizontale au travers des nouvelles technologies de l’information pour la stimulation et l’innovation, mais d’un autre côté elle devient le meilleur canal pour la propagation de la soumission culturelle à « bas prix ». Soumission appuyée par les mafias informelles de la culture qui profitent des restrictions légales actuelles à l’accès aux œuvres culturelles. Dans le premier cas, la consommation de piraterie rend plus accessible économiquement la relation entre l’individu et la culture, que ce soit la culture populaire ou scientifique [2]. Quand une personne à besoin de lire la dernière œuvre d’un auteur demandé à l’Université, il nous est impossible de l’acquérir. En général les livres d’investigation ou de pensées contemporaines de base pour la production humaine ne sont même pas connus au sein des économies périphériques, comme c’est le cas au Pérou, et s’ils le sont, ils sont complètement inaccessibles pour le commun des personnes. Ainsi, les prix élevés d’une oeuvre originale vont à l’encontre du salaire moyen perçu par la majorité susceptible d’être intéressée à lire plus qu’un journal de S/0.50. Ces secteurs demandent à obtenir un accès à la production culturelle, et la consommation d’œuvres pirates est seulement une conséquence de l’impossibilité économique pour la majorité d’acquérir les œuvres « originales », c'est-à-dire de « marques enregistrées » offertes à un prix exorbitant pour le pouvoir d’achat local. Normalement les livres académiques sont les moins imprimés par les Maisons d’Edition au Pérou. Ils ne vendent pas, ils ne sont pas rentables, “ils n’ont pas de public potentiel ». Sous ce prétexte les Maisons d’Edition – nous parlons ici des grandes Maisons d’Edition transnationales qui opèrent au Pérou – non seulement fixent l’accès à la connaissance, mais en plus décident à quelles type d’oeuvre nous devons avoir accès. Mais si les Maisons d’Edition n’impriment pas les livres, argumentant qu’il n’y a pas de public pour les acquérir parce que le péruvien ne lit pas, et les compagnies de distribution de cinéma n’exhibent pas d’autres films que les films « commerciaux » parce que les péruviens n’aiment pas voir les films “à argument”: Pourquoi y a t il une forte demande d’œuvres piratées qui, dans beaucoup de cas, ne sont même pas piratées d’une œuvre « locale » mais d’une œuvre internationale ? ¿Est-il vrai que nous nous convertissons en délinquants en acquérant des oeuvres “pirates” – livres, DVD ou CD - , en photocopiant un livre ou en échangeant de la musique ou des textes par Internet? Dans le second cas nous considérons la piraterie comme la propagation de la soumission culturelle à “bas prix” par l’intermédiaire de l’usage spectaculaire de la technologie puisque nous vivons dans une époque dans laquelle l’accès à l’information et la connaissance innovatrice se confond avec la production et consommation de masse qui soumet la culture et l’innovation sociale à la mode spectaculaire des industries culturelles « formelles » au travers d’images, couleurs, langages, comportements et postures qui, repris dans la technologie « mass médias », occultent et simulent notre vie quotidienne, en la convertissant en représentation/fiction, en un spectacle construit par et pour la société de consommation. Selon notre appartenance géographique nous pourrons définir notre accès aux produits culturels [3]. au moyen de ce que nous sommes capables de consommer économiquement comme « culture ». Avec cela la piraterie – la mafia – accélèrerait la consommation des produits distribués et exhibés par les grandes industries culturelles, lesquelles comme nous l’avons mentionné plus haut, imposent des styles de vie qui nous hybrident négativement. L’information et la connaissance construits comme des produits culturels et technologiques distribués par les industries de ce secteur deviennent un clair objet du désir collectif, des accessoires spectaculaires des identités quotidiennes qu’il faut acquérir et qui sont valorisés selon leur enchérissement, donnant lieu à une industrie culturelle parallèle et personnalisée selon le marché vers lequel elle se dirige ou qui désire la consommer. Cette double action des industries culturelles – en même temps ressource économique et source d’identité et de cohésion sociales – se rend maître de notre communication interrégionales, agrandit les marchés, en faisant possible une meilleure connaissance virtuelle entre les pays, en apportant une valeur ajoutée aux contenus des messages et oeuvres générées dans chaque société. Cela génère en même temps et selon la logique du marché, des défis et des conflits: cela crée de nouvelles disputes pour les utilisations du patrimoine culturel de chaque peuple et pour les droits d’auteur individuel ou collectif, tendant à accentuer, si nous suivons le chemin que nous trace le Chapitre de Propriété Intellectuelle du Traité de Libre Echange avec les Etats-Unis, la subordination non seulement de l’économie mais aussi culturelle des pays faibles, privilégiant alors les droits commerciaux des méga – entreprises transnationales, puisque par cet accord commercial nous cèderions à des empires commerciaux privés toute la connaissance et créativité que nous possédons, lesquelles sont de biens publics [4] mais seraient transformés en patrimoine intellectuel au service exclusif du Marché. D’un autre côté nous pouvons voir que les appréciations esthétiques influent sur les sociétés en ce qui concerne la perception du beau et du laid, catégories déterminées par l’éducation – c’est à dire le type de connaissance, normalement hégémonique à diffuser – et l’art, en tant que consommations distribués par les industries culturelles, celles qui construisent des identités collectives, qui en accord avec certains paramètres, valident ou invalident des expressions de peuples entiers, faisant apparaître la culture, l’art et la capacité de les apprécier et de les comprendre, comme des « dons » ou qualités naturelles « supérieures », au lieu d’un résultat inégal et déterminé par le facteur économique des différentes classes sociales. Ainsi le goût bourgeois ou hégémonique [5], le goût moyen et le goût populaire, une fois transformés en type de consommation, complètent la labeur déterminante des industries culturelles dans la formation de notre connaissance et la production de celle-ci, déterminent nos goûts et nos critères en déterminant nos consommations et nos innovations en fonction de la capacité économique et esthétique que nous possédons pour accéder à la connaissance et l’information au travers d’un exemplaire « original » et breveté, mettant une limite à l’accès aux produits culturels des classes économiques moins favorisées. L’espace académique face à ce problème devrait être un lieu privilégié pour la reproduction sociale de la culture et la connaissance, en même temps qu’un espace pour l’innovation et la résistance cognitive [6] -il suffit de voir certaines initiatives telles que “Creatives Comons” ou le Projet pour l’usage du Software Libre dans l’administration étatique péruvienne - et être alors le reflet et la préfiguration des possibilités d’organisation de la vie quotidienne, composé de l’esthétique, les sentiments et les coutumes à travers lequel une collectivité réagit face à la vie qui lui est objectivement offerte par l’économie [7]. Ainsi le sujet et son produit dans le cadre de notre contexte social, le péruvien, réinterprèterait les moyens intellectuels et technologiques de production des biens culturels (piraterie) au travers de leur consommation massive - dans beaucoup de cas inerte, faisant muter son identité quotidienne en fonction du système de valeurs contenu dans les produits culturels, générant un système alternatif de valeurs hybridées avec la culture populaire, - d’une manière négative et positive – qui définirait nos réalités. Il faut que la société civile fasse pencher la balance en notre faveur et que soit promue au sein de l’Etat la Loi sur l’usage du Software Libre dans l’administration publique et l’éducation. 1. García Canclini, Néstor Culturas Híbridas Estrategias para entrar y salir de la modernidad, Nueva edición Editorial Paidós 2001 Barcelona 2. Dans les deux cas cités par l’auteur, la meilleure manière de qualifier ces situations serait de faire référence à la copie illégale ou copie non autorisée et, en des termes plus amples, une infraction aux droits d’auteurs. Villanueva Mansilla Eduardo Información y Propiedad intelectual Desco / Revista Quehacer Nro. 154 / May - Jun. 2005 3. On entend par industries culturelles l’ensemble des activités de production, commercialisation et communication à grande échelle de messages et biens culturels qui favorisent la diffusion massive, nationale et internationale, de l’information et du divertissement, et l’accès croissant des masses. García Canclini Néstor Las industrias culturales y el desarrollo de los países americanos. 4. UNESCO 5. Bourdieu, Pierre, La distinción. Criterios y bases sociales del gusto. Madrid, Taurus, 1998 / “Espacio social y poder simbólico” en Cosas dichas. Buenos Aires: Gedisa. 1988 / Las estructuras sociales de la economía Editorial Anagrama. 6. García Canclini Néstor Las industrias culturales y el desarrollo de los países americanos 7. Debord Guy La sociedad del espectáculo, Ed. Maldeojo 1998 Barcelona ------ Cette oeuvre est enregistrée sous une licence de Creative Commons (licencia de Creative Commons. Reconocimiento-No comercial-SinObraDerivada 2.5 Perú Se debe reconocer el autor(a) no hacer uso comercial y no modificar 30/5/2006) Cet article est le fruit de deux ans (2004-2006) d’observation et investigation sur la production de connaissances dans les Galleries Wilson et Paruro (Lima - Pérou) dans le cadre du projet personnel de Thèse. Traducción al francés : Olivier Leclercq
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